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1967. Après deux années d’école Polytechnique, il me reste encore une année de service militaire, mais une vertèbre antimilitariste me vaut un congé d’un an pour raison de santé. Je traverse la rue de la Montagne Sainte-Geneviève pour habiter au 4, rue de l’école Polytechnique avec un camarade de la promotion précédente.
J’occupe mon congé à dessiner et à peindre. J’essaie l’art abstrait, l’Op-Art de Vasarely, le surréalisme, avant de choisir le Pop Art de Warhol et Lichtenstein, avec ses lignes noires et ses aplats de couleur.
Au début de l’été, je demande une permission et je vais à Calcutta en auto-stop, puis je prends un avion jusqu’à Bangkok et un paquebot de Bangkok à Kobe. Si le Japon des films de Mizoguchi et Kurosawa me fascine, le vrai Japon ne me déçoit pas. Je reviens fin septembre par l’Union Soviétique. Je décide qu’une année de congé de plus ne me fera pas de mal.
1968.
Je retraverse l’Union Soviétique au début de l’été en emportant une douzaine de dessins, et je passe trois mois à Tokyo.
Un ami m’ayant montré le procédé d’impression par sérigraphie quelques années plus tôt, je demande à une galerie l’adresse d’un sérigraphe. Je prie la jeune Japonaise qui me sert de guide et d’interprète de choisir deux de mes dessins. Elle choisit ces deux-là. Je lui explique pourquoi un bar situé au 2, rue Descartes s’appelle La Méthode.
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Mes dessins originaux comportent plus de couleurs. Je ne peux pas les garder toutes, car on fabrique un
pochoir par couleur et les pochoirs coûtent cher. À cause des couleurs bizarres, les Japonais disent que mes dessins sont saikédériku, c’est-à-dire psychédéliques.
Le sérigraphe imprime cent exemplaires de chaque dessin. J’en vends deux ou trois au Japon, et je réalise un décor pour la vitrine d’une boutique de mode en dessinant une version géante de La Méthode sur des grandes plaques de carton.
Je prends l’avion jusqu’en Californie début octobre avec un carton à dessin très lourd, puisqu’il contient mes douze dessins de départ et près de deux cents sérigraphies sur papier épais. NB: presque tous les dessins ci-dessus et ci-dessous sont de la même taille, 50x70 cm. Je précise la taille quand elle est différente.
Je vends des dessins originaux et des sérigraphies à Hawaii et à San Francisco. Une galerie de San Francisco me prend des sérigraphies en dépôt.
Je traverse les États-Unis de San Francisco à Chicago au volant d’une grande voiture dont les propriétaires prennent l’avion. Je m’arrête à Los Angeles pour chercher des magasins ou galeries qui voudraient bien prendre des sérigraphies en dépôt. Je n’en trouve pas. Le niveau de l’art est très supérieur à celui de San Francisco, et je comprends que je ne vais pas devenir un artiste professionnel.
Une image que je vois dans une galerie me fascine : l’océan dessiné au crayon noir sur une feuille de papier de 36x48 cm. J’ai peut-être vu le nom de l’artiste, mais je ne l’ai ni noté ni retenu. Il y a quelques année, le New Yorker lui a consacré un article. J’ai reconnu le dessin, qui s’était bien gravé dans ma mémoire. L’artiste s’appelle Vija Celmins. Elle est née en 1938 à Riga, en Lettonie. Elle vit aux États-Unis depuis 1948. Elle a dessiné ou peint toutes sortes de choses d’après des photographies. Wikipédia qualifie son style de photoréaliste. On dit aussi hyperréaliste. Réaliser certaines œuvres prend un an ou plus, de sorte que ce qui fait la valeur de l’œuvre est le travail accompli, comme pour une pyramide ou une cathédrale.
Je dessinais d’après des photos depuis longtemps. Je suis parti d’une photo pour le dessin du bar La Méthode. Je punaisais une feuille de papier au mur ou accrochais une toile au mur, je projetais une diapositive dessus et je traçais les contours avec un crayon.
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Novembre 1968 Revenu en France, je me résigne à exercer un métier de polytechnicien et je deviens ingénieur-conseil.
1969 Le métier d’ingénieur-conseil ne me plaît pas. J’essaie la publicité.
Je suis assistant-chef de publicité, c’est à peine mieux qu’ingénieur-conseil, mais je trouve dans l’agence un métier qui me convient: concepteur-rédacteur.
Je
dessine tout de même encore un peu et je fais sérigraphier à Paris cette vue de la cinquième avenue de New York. Je prenais des photos sur la cinquième avenue ou ailleurs en pensant au dessin que j’allais en tirer.
1970 Mes sérigraphies japonaises se vendent assez bien dans la galerie de San Francisco, et je leur en envoie une dizaine de temps à autre.
Je retourne à San Francisco au mois d’août pour apporter cette nouvelle sérigraphie à la galerie et participer à une foire d’art en plein air.
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1971 Je continue pendant quelques années à projeter des diapositives pour dessiner avec des encres de couleur sur papier ou peindre sur toile avec des couleurs acryliques. Je photographie des collègues créatifs dans l’agence de publicité pour réaliser ces portraits, par exemple. |
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1972 Je dessine des personnes de ma famille.
De haut en bas:
Ma mère, dessin aux crayons de couleur sur des bouts de papier collés ayant mal supporté cinquante-cinq ans dans un carton à dessin.
Cathie, encre de Chine sur papier. Nous nous connaissons depuis longtemps. Nous nous sommes mariés en janvier 1969.
Mon frère Olivier, âgé de vingt-deux ans, encres de couleur sur papier. Il traverse une période flamboyante que je tente d’exprimer par le choix des couleurs. |
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1977 Mon fils aîné âgé de cinq ans. Peinture acrylique sur toile, 50x100 cm. |
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1990 Ayant commencé en 1988 à écrire des livres sur le Macintosh et ses logiciels, je consacre en 1990 un livre à un nouveau logiciel de dessin, Illustrator. Je l’étudie de près et je me mets à l’utiliser pour dessiner sur l’écran de l'ordinateur.
J’ai réalisé tous les dessins ci-dessous sur un Macintosh avec le logiciel Illustrator. J’ai acheté un scanner de diapositives Nikon pour numériser mes photos. Je me suis servi de la souris pour réaliser les premiers dessins, puis d’une tablette graphique dès que des modèles plus commodes que la souris sont apparus.
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J’ai réalisé ce dessin avec Illustrator, donc après 1990, en partant d’une photo prise en 1966 depuis l’école Polytechnique.
Comme pour la photo de La Méthode, j’utilisais un appareil Nikkorex – une sous-marque bon marché de Nikon – que j’ai acheté en 1964. Il prenait de bonnes photos en pleine lumière, mais les contre-jours étaient sous-exposés. Dans le cas de l’image ci-contre, la sous-exposition produit un bel effet.
Je confie les fichiers PDF à une imprimerie qui réalise des tirages 70x50 avec une grande imprimante à jet d’encre.
Mis sous verre
et encadrés, ils sont accrochés aux murs chez moi comme autant de souvenirs illustrés.
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Quand j'allais de Paris à Bombay ou Calcutta en autostop, je n’emportais rien de précieux, ni montre ni appareil photo, afin de ne pas tenter d’éventuels voleurs.
Sur le SS Cambodge des Messageries Maritimes qui m’emmenait de Bangkok à Kobé vers la fin du mois d’août 1967, deux jeunes Américains partageaient ma cabine. L’un possédait un Nikon F, l’autre un Pentax Spotmatic, si bien que j'ai pu comparer les appareils.
Le Pentax était plus compact et léger, bien plus agréable à tenir en main. Le système de visée par lentille de Fresnel me plaisait beaucoup.
J’ai autostoppé de Kobé à Tokyo, je suis allé au bureau American Express où m’attendait une nouvelle carte de crédit, et j’ai pu acheter un Pentax dans une boutique de l’hôtel Impérial recommandée par l’un de mes compagnons de cabine.
Je voulais visiter Kyoto et Hiroshima. Je ne suis pas reparti en autostop parce que je voulais essayer une merveille de la technologie: le train Shinkansen, qui roulait à 300km/h (depuis 1964, année des jeux olympiques de Tokyo). Ce dessin reproduit la première photo que j’ai prise avec mon Pentax.
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Septembre 1967 Le bureau American Express est aussi une agence de voyage. J’achète un billet Tokyo-Paris par l’Union Soviétique: de Yokohama à Nakhodka, en Sibérie orientale, en bateau. De Nakhodka à Khabarovsk, sur le fleuve Amour, en train de nuit. De Khabarovsk à Moscou en avion (avec escale de deux jours à Irkoutsk en souvenir de Michel Strogoff). De Moscou à Paris en train.
L’image ci-contre, prise du bateau, montre les parents et amis de certains passagers venus les accueillir à Nakhodka. Sur la photo d’origine, on voit aussi une buvette et un immeuble. Je les ai enlevés, ce qui est facile avec Illustrator, pour rendre l’image un peu mystérieuse: on se demande qui sont ces gens.
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J’ai pris la photo d’origine depuis un immeuble de Fréjus-Plage vers 1970. Je l’ai projetée sur une toile et j’ai peint une image avec des couleurs acryliques.
J’ai numérisé la photo avec le scanner Nikon, que j’ai acheté vers 2005, et j’ai créé cette version de l'image avec Illustrator. |
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J’ai repris la photo de la cinquième avenue sérigraphiée en 1969, je l’ai numérisée et j’ai réalisé cette image. Elle est plus “photoréaliste” que la sérigraphie, mais les aplats du trottoir montrent qu’il s’agit d’un dessin. |
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Je suis retourné plusieurs fois au Japon à partir de 1975 pour effectuer des reportages, puis pour accompagner Cathie qui s’occupait d’affaires héritées de sa mère.
La photo dont j’ai tiré ce dessin date de 2012. C'est l’une des premières que j’ai prises avec l’appareil numérique Fujifilm X100 qui a remplacé mon bon vieux Pentax cette année-là. |
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J’ai pris la photo qui m’a servi pour ce dessin depuis le pied-à-terre à New-York d’une habitante de Houston, avec qui nous avons fait un échange d’appartements. |
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Je me promenais de temps en temps dans mon quartier pour prendre des photos susceptibles de devenir des dessins.
Les ombres des arbres ne sont pas photoréalistes, mais la dame de Houston a tout de même bien aimé cette vue de la place des Vosges. L’image accrochée au mur chez moi mesure 50x70 cm (elle est un peu recadrée ici, comme toutes les autres).
La dame de Houston, qui tenait là-bas une boutique d’ameublement et objets divers, m’a demandé si je pouvais lui en vendre un exemplaire quatre fois plus grand. J'ai commandé à l'imprimeur un tirage de 100x140, qu’elle m’a acheté deux cents euros peut-être. Elle l’a mis en vente deux mille dollars sur internet. Je ne pense pas qu’elle l’ait vendu, car elle ne m’en a pas acheté d’autre. |
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D’après une photo de l’île Saint-Louis prise au cours d’une autre promenade dans mon quartier. En dessinant l’eau de la Seine, j’ai pensé aux vagues de Vija Celmins, dont je ne connaissais pas encore le nom. |
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Je suis parti d’une photo prise en Chine en 1984 au cours d’un reportage pour Marie-Claire. J’ai mis des mois pour dessiner les cailloux du ballast, huit mois pour l’ensemble du dessin.
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J’ai mis près d’un an pour réaliser ce dessin d’après une photo de Times Square. Le tirage accroché au mur chez moi est deux fois plus grand que les précédents: 70x100 cm. De même les deux suivants.
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Ce dessin reproduit une photo que j’ai prise depuis un appartement de Roosevelt Island, île située au milieu de East River. Nous ne pouvions pas aller à Manhattan en métro, en raison de travaux sur la ligne. Il nous restait heureusement le téléphérique, un Pomagalski comme à Val d’Isère.
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Nous sommes allés en Hollande pour un concert où l’on donnait la musique de mon frère Olivier.
Je suppose qu’il y a foule d’habitude devant la Ronde de Nuit. Je n’ai pas supprimé la foule à l’aide de la magie d’Illustrator ou de ChatGPT, mais nous nous sommes levés tôt et sommes entrés dans le Rijksmuseum à l'heure de l’ouverture. J’ai mis plus d’un an à réaliser ce dessin.
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Autre hommage inconscient à Vija Celmins. Hommage aussi à Vivian Maier, qui aimait protographier son ombre. Oui, on me voit, le deuxième en partant de la gauche, en train de photographier l’étang japonais de Huntington Gardens à Pasadena. |
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